Le
projet : |
Coup
double !
Il était
une fois, à Courbevoie, dans un quartier résidentiel
sans réelle balise urbaine, deux écoles élémentaires
qui se partageaient un même îlot et une même
cour de récré, à défaut d’avoir
le même directeur. Elle s’appelait Logie et Anatole
France. Des espaces collectifs venant à manquer, la
Ville de Courbevoie se prit à désirer une extension
qu’elle imaginait commune aux deux. Pourtant l’agence
BP, que l’on avait admis à concourir, ne l’entendit
pas de cette oreille et, en lieu et place du plan masse esquissé par
les services municipaux, proposa, non pas une mais deux extensions.
Deux bâtiments de même facture, gémellaires,
qu’elle disposa perpendiculairement, de telle sorte que
l’observateur avait l’étrange sensation
d’appréhender le même objet sous deux angles
différents. Bizarre.
De part et d’autre, un socle minéral volontairement
costaud pour clôturer l’école et abriter les
locaux techniques, les dessertes et les blocs sanitaires. Au
dessus, une boîte de métal dorée et vibrante
abritant un étage dédié à des salles
de classe avec, à son fronton, une bibliothèque,
ouverte sur la ville, faisant du savoir et de l’étude
les figures de proue de l’école. Et dans les deux
cas, des porte- à-faux pour abriter l’entrée
des élèves. La cour de récréation
s’en trouvait agrandie, un potager fut même aménagé :
le bonheur !
Nos deux extensions brillaient de mille feux. Les faces des boites
de métal étaient tendues de clins d’aluminium
anodisé, aux 3 teintes champagne, bronze et or, ce qui
rendait l’ensemble attractif et pétillant.De l’ensemble
de dégageait une impression d’abstraite vitalité.
C’est donc l’histoire d’un coup double, architectural
et symbolique. Ces deux blocs, à la signature très
contemporaine, recomposent l’ilot urbain, le compactent
et le ragaillardissent. Ce quartier anodin devient un quartier
repéré. Et de un. Avec ces deux extensions jumelles,
BP pourrait signer un manifeste égalitaire pour l’école
de la République, ce qui ne serait pas étonnant
pour qui les connait… Et de deux.
Mais la vraie morale de cette histoire, c’est qu’on
peut être hors concours et malgré tout gagner.
Radicalité du langage
architectural et économie du projet
Les volumes
sont constitués d’un socle minéral (béton
autoplaçant lasuré) formant les rez-de- chaussée
et le mur de clôture de la cour. Des percements verticaux
réguliers ainsi qu’un calpinage vertical du béton
rythment et animent ces façades.
Ces socles sont supports de volumes métalliques à l’étage
dont les façades sur rue, largement éclairées
par une succession de baies de toutes hauteurs, sont habillées
d’une trame constituée de lisses en aluminium
anodisé de trois tons (or, bronze et champagne) qui
dématérialisent le volume au grès de la
lumière. Celles-ci ont donc une double fonction : disposées
verticalement selon un rythme irrégulier et aléatoire,
elles font office de brise-soleil tandis qu’elles participent
de la signature esthétique du projet. Ces volumes se
dégagent légèrement des socles en porte à faux
afin de constituer des abris : l’entrée des élèves
pour l’école Logie ; le dessus du square planté à l’angle
des rues Armand Silvestre et Cayla pour l’école
Anatole France.
Les pignons de ces volumes, entièrement vitrés
sont largement ouverts sur l’espace public. Ils mettent
en valeur l’élément phare de toute école:
la bibiothèque, qui dans chacune des extensions trouve
ici tout naturellement sa localisation.
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