Le
projet : |
Quartier
d’immigration
depuis la fin du XIXème, la Goutte d’Or est resté un
quartier populaire, jeune et très peuplé. Il
se caractérise par un important habitat social, et une
grande densité de commerces exotiques, concentrés
sur quelques rues. Sa forte identité, renforcée
par son relatif enclavement, entretient cependant une ségrégation
urbaine.
Depuis 20 ans, une politique volontariste, visible notamment
par les nombreux chantiers engagés, a permis d’amorcer
une mixité des habitants, des usages et des programmes
de constructions.
Le développement de l’offre culturelle, est également
lisible par l’installation récente du Centre de
préfiguration de l’ICI, et la livraison du Centre
Musical Fleury Goutte d’Or- Barbara.
La construction pérenne de l’Institut des Cultures
d’Islam, équipement innovant mêlant les pratiques
culturelles, cultuelles et de recherche, s’inscrit dans
cette dynamique à long terme qui transforme durablement la
vie à la Goutte d’Or en l’ouvrant à un
public élargi, tout en conservant sa première
richesse ; sa population.
Notre proposition urbaine et architecturale
s’inscrit
pleinement dans cette dynamique de révélation
d’un des plus beaux quartiers de Paris, en l’enrichissant
d’un nouvel équipement identitaire.
La démarche environnementale engagée par la Ville
pour ce projet a guidé l’ensemble des choix architecturaux
et techniques, à toutes les échelles de la conception.
Paris et les cultures d’Islam
« La Goutte d’or », quel beau nom pour un quartier
inconnu du grand public, à deux pas du Montmartre touristique :
déclivités, variétés d’immeubles en crépi,
haussmanniens, passages végétaux, square, église, percées
visuelles surprenantes vers la butte, échappées vers la voie
ferrée et en bout de perspective de rue le passage du métro aérien. « La
Goutte d’or » est un quartier à révéler
et le paradoxe des deux sites pour l’ICI offre l’opportunité d’un
potentiel au lieu d’une contrainte.
L’ICI, c’est un vrai parcours culturel à la découverte
de la Goutte d’Or, qui se prolonge dans les bâtiments eux-mêmes.
La mise en synergie des deux lieux, au-delà de leur programmation complémentaire,
devient lisible par la construction narrative à travers le quartier
et les deux bâtiments.
L’ICI c’est une double relation :
avec la ville, avec la culture islamique. La
relation à la
culture islamique, c‘est la place essentielle
du patio, l’enchaînement fluide des espaces,
accueillant à l’invention permanente des usages
dans une logique globale des deux sites. Le rideau
de céramique de la façade d’entrée
du site Stephenson trouve son sens comme filtre du patio
sur la rue et prolongation du front urbain, mais aussi comme
relation avec l’écran du patio du site Polonceau
qualifiant ainsi l’unité des deux sites. Cette
façade devient, en quelque sorte, un intérieur
urbain qui s’inscrit dans les petits évènements
végétaux que l’on trouve dans le quartier – villas,
cours plantées. Du côté de la rue
Doudeauville l’escalier vitré offre une
communication visuelle avec l’espace urbain et la rue
Carco directement en vis à vis.
Deux sites, de la contrainte à l’atout
C’est un principe du projet de considérer le double site comme un
atout : afin que le projet irrigue le quartier, le donne à voir et
que l’espace public de la « Goutte d’or » devienne
une part du parcours se prolongeant dans les bâtiments.
L’idée du parcours entre les deux sites pourra trouver des expressions
concrètes par des installations dans l’espace public, reliant pleinement
les deux sites. Une communication visuelle lumineuse sera intégrée
dans les ensembles vitrés des façades d’accès des
deux sites.
Le site Stephenson fragmenté, dispose de potentialités
offertes par ses deux contacts urbains : d’un côté rue
Stephenson en direction du site Polonceau et de l’autre rue Doudeauville
avec une co-visibilité vers la butte Montmartre. Le grand pignon de l’immeuble
d’angle orienté plein sud est, lui, accueillant à une
paroi végétale.
Les grands volumes de l’interface et de l’espace cultuel, compte
tenu de leurs surfaces, constituent des ensembles dont l’orientation et
la géométrie les situent naturellement le long d’un axe nord
sud en fond de parcelle. Conséquence, mais également bénéfice,
le patio de pleine terre se trouve situé en façade, sur la rue
Stephenson. Le projet suggère également l’utilisation du
rez de chaussée commercial de l’immeuble d’angle – actuellement
désaffecté - comme café oriental et lieu d’exposition « sur
rue « , espace complémentaire au hammam, mais dont la
surface ne peut trouver place dans la parcelle, pour respect du COS du PLU.
L’accès au bâtiment se trouve rue Stephenson avec une arrivée
orientée vers le site Polonceau. Il est apparu important que par tous
les accès depuis le quartier, et en particulier depuis la rue Doudeauville,
la façade principale soit clairement visible par une vue de face, tournée
vers l’autre partie de l’ICI.
Le ton juste
Se fondre et se distinguer, construire
dans la ville et dans ce quartier, se situer au sens large
dans la relation à l’autre, c’est d’abord
trouver le ton juste vis à vis de l’environnement.
Le choix de la céramique, en vêture extérieure
et en écran modulé, s’est imposé de
plusieurs points de vues, culturels, techniques, environnementaux
et de pérennité.
La céramique, c’est évidemment le matériau
des zelliges. Matériau simple, sobre et éprouvé,
la céramique se prête à des mises en œuvre
variées pouvant aller jusqu’à une grande
sophistication. C’est aussi une évocation de la
manière de transcender des matériaux ordinaires,
propre à l’architecture traditionnelle islamique.
Ce matériau permet en peau extérieure de parois
de brique monomur, d’assurer des performances environnementales élevées,
tant sur le plan thermique que sur celui de l’intégration
urbaine. Il sera aussi marqué par une grande pérennité. L’écran
visuel qui sépare le patio de la rue est traité comme
les filtres internes du patio de la rue Polonceau par un système
de composants de céramique suspendus, dont le
positionnement et la densité intègre les facteurs
solaires et de programme. Ce rideau de céramique dotera
cette façade d’accès, depuis le site Polonceau
d’une grande richesse de variations selon les heures
de la journée et les saisons
Le principe constructif et environnemental du monomur va donner à l’espace
intérieur sa personnalité pour les façades
intérieures côté rue. Il sera laissé brut,
révélant ainsi la vérité constructive
et les principes d’isolation.
L’entrée de l’Institut sur ce site s’effectue
par un large sas vitré donnant à voir le patio et son mur végétal.
L’accueil s’inscrit dans un grand espace unitaire avec l’interface
pouvant être partagé par des murs mobiles. Il s’ouvre entièrement
sur le patio qui peut aisément accueillir des activités en prolongement
de celles se déroulant dans le hall et l’interface, avec une grande
convivialité. L’ensemble du rez-de-chaussée
est conçu comme un espace unitaire entièrement fluide et relié avec
l’entrée secondaire rue Doudeauville.
|